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23.05.2008
Motivé-e-s
Alors, c'est trop chouette, hier, je suis allé à la manif et tout !
Alors, en fait, mon copain Sylvain qui distribue des prospectus sur la culture du grand capital à la sortie des lycées, ben, il m’avait invité à la manif qu’il y a eu à Paris. Alors, moi, vous pensez, j’étais super excité, parce que j’avais jamais été invité à une manif, j’avais jamais été invité nulle part d’ailleurs.
Alors, j’ai voulu prendre le erre erre où on se perd tout le temps pour aller à la manif, mais le erre erre, il marchait pas, hé ! Parce que les conducteurs du erre erre, ils allaient à la manif AUSSI. Je suis bête, j’aurais du y penser. Ceci dit, ils auraient pu en profiter. C’est idiot de conduire un erre erre et d’aller à la manif à pieds. Du coup, j’ai failli arriver en retard, à cause que j’ai du aller de la place de Clichy à Nation à pieds. Oulala, c’est grand Paris, hein, heureusement que c’est plat, pas comme à Briançon, parce que sinon, j’aurais jamais été à l’heure à mon rendez vous à Nation avec mon copain Sylvain.
Alors, Sylvain, il m’avait donné un prospectus pour que je sache comment ça se passe une manif et tout. C’était super, y’avait tout expliqué. Je l’ai lu dans la rue pendant que je marchais pour aller à Nation. Alors, j’ai appris qu’en fait, dans une manif, y’a plein de petits groupes et que les gens de chaque groupe ils restent ensemble, enfin, groupés quoi (Oh, je viens de comprendre !), parce que chaque groupe à un « mot d’ordre » différent, et des révandicassion reuvindikations demandes différentes. Déjà, ce qui m’a fait plaisir, c’est que le groupe de mon copain Sylvain, ben, y’a que des méridionaux, même que c’est écrit sur leur prospectus qu’ils viennent tous du sud et tout. Alors, j’étais content parce que ça fait longtemps que j’ai pas croisé quelqu’un de par chez moi. Du coup, j’étais content d’avoir fait un effort sur la façon dont je m’étais habillé. Attendez, c’était ma première manif, alors, j’avais fait un effort pour être classe : j’avais mis une chemise blanche par dessus mon tricot de corps, et une veste sport avec des franges en VRAI daim, un jean marron (ça fait trop classe) et des mocassins blancs avec les boules que j’ai achetés chez Bata, une marque super classe, même que je les ai payées 39,90 € ! Vous imaginez. C’est pas pour faire le fier, hein, c’est juste pour dire que j’étais vraiment classe et tout. La première fois que j’aurai rendez vous avec une fille, je m’habillerai pareil.
Enfin, une fois que je suis arrivé, ils m’ont regardé un peu bizarre. Pourtant, à Paris, ils doivent avoir l’habitude de voir des gens habillés classe. Y’en a un, un gros, il a dit qu’il fallait pas tarder parce que le cortège aller partir. Alors, il nous a entraîné vers un coin de la rue, et il nous a distribué des papiers où il y avait marqué des « slogans », et il a dit qu’on devait crier ce qu’il y avait écrit à intervalles réguliers. Ensuite, il nous a tous mis des autocollants partout sur nos vêtements pour montrer aux autres qu’on venait du sud. Mais moi, j’ai pas voulu, j’ai eu trop peur que ça abîme ma belle veste avec ses franges en VRAI daim. Du coup, le gros, Gérard qu’il s’appelait, il était pas content. Heureusement, mon copain Sylvain lui a dit que c’était pas grave l’important, c’était de faire nombre, même en rameutant les ploucs. J’étais vachement flatté. Sylvain, il a dit que j’étais un plouc. D’habitude, les parisiens, ils me traitent de bouzeux, alors pensez : je suis en train de m’intégrer !
Alors, Gérard, il a montré les autres groupes, il a levé le poing au ciel, et il a crié « Prêts pour la lutte ? ». Là, j’ai eu super peur, j’ai cru qu’il fallait aller se battre. Sylvain m’a rassuré, c’était pas contre les autres groupes qu’on allait se battre, mais contre « Naboléon Sarkonazi et sa horde de flics aux ordres des patrons et de la presse réactionnaire ». Alors, j’ai eu encore plus peur, hein, parce que si il faut se battre contre les autres groupes, ben, j’aurais toujours pu m’en prendre aux poussettes (y’a beaucoup de mômes dans les manifs, c'est sympa, très familial), mais les flics, ben, ils sont super entraînés hein. A Briançon, les flics, c’était des gendarmes, et même qu’ils étaient sacrément balèzes : ils allaient chercher en hélico les allemands et les parisiens qui pensaient que c’était facile de monter à la montagne des agneaux en tongues. Ici, c'est encore pire : les policiers, ils ont des casques et des boucliers qu’on se croirait dans NCIS, enquêtes spéciales, dans l'épisode ou Gibbs il se rappelle en rêve la guerre du golf où il s'est fait 18 trous et tout. Mais Sylvain, il m’a encore rassuré : on allait pas se battre contre les policiers, on allait juste marcher et crier très fort les slogans qu’on nous avait écrits sur les papiers. Alors, j’ai compris que lutter, à Paris, çà veut dire marcher en criant très fort, et même que crier c’est en option. Et j'ai trouvé ça génial, parce que je me suis rendu compte que lorsque je partais en rando à Briançon, je luttais déjà sans le savoir ! Il va falloir que j’écrive à mes potes dans les Hautes Alpes pour les prévenir qu’ils luttent aussi.
Alors après, la manif elle est parti. Donc, on a tous sorti des drapeaux, des écharpes et tout, et on a suivi les autres groupes. Oulalalalalalala, le monde qu’il y avait ! Gérard, il a dit qu’on était 700 000 ! Vous imaginez ça un peu. En plus, il est fortiche Gérard, parce que la manif, elle venait à peine de commencer, et Gérard, il avait eu le temps de remonter jusqu’en haut pour compter tout le monde. Mais c’est normal, Gérard, j’ai appris qu’il travaillait aux impôts, alors, il a l’habitude de calculer hein. Alors, j’ai commencé à crier des slogans qu’ils m’avaient donné mes nouveaux copains du sud. Je me suis mis à crier « vive la retraite à 50 ans », « Sarko, salaud, le peuple aura ta peau », « fion, fion, tu l’as dans l’os », « sarko, t’es pas mon président ». C’était marrant. A un moment, j’ai voulu mixer les slogans, et je me suis mis à crier « Vive le président Sarko, le peuple l’a dans l’os ». Tout le monde s’est retourné vers moi tellement ils ont trouvé que mon slogan il était trop beau. Mais Sylvain, il est venu vers moi, et il m’a dit « surtout n’improvise pas ». Dommage, moi, je l’aimais bien mon slogan. N’empêche qu’effectivement, on voit que dans une manif, rien n’est improvisé.
Ensuite, j’ai discuté avec un type qui s’appelle Robert. Ca m’a fait drôle, Robert, il est conducteur de erre erre. Alors je lui ai dit que j’admirais beaucoup son travail. Mais quand je lui ai demandé pourquoi il était venu à pieds aujourd’hui, alors qu’il aurait pu profiter de son erre erre, il m’a pris de haut et tout. Il m’a dit que si il était là, c’est parce qu’il voulait pouvoir avoir le droit de partir à la retraite à 50 ans et tout. Parce que conducteur de erre erre, c’est vachement dur vous voyez, alors, comme c’est un métier où on se fatigue beaucoup, on a le droit de partir avant les autres. Ben oui, c’est très dur ! Vous imaginez, les types qui conduisent le erre erre, ils vont dans les couloirs TOUS LES JOURS ! Du coup, comme ils sont tout le temps paumés, ben, ils arrêtent pas de marcher, et après ils sont super fatigués. C’est pour ça qu’il faut qu’ils prennent la retraite avant. J’ai une cousine qui est aide soignante de nuit à l’hôpital de Gap, je lui expliquerai la prochaine fois que je l’appelle. Parce qu’elle aussi, elle me dit des fois qu’elle aimerait partir plus tôt à la retraite. Je lui dirai pourquoi c’est pas possible que c’est parce que son métier, il est moins dur que conducteur de erre erre.
De toute façon, il m’a dit Robert, lui, ça fait longtemps qu’il conduit plus. Il est délégué syndical depuis 8 ans. Alors les conducteurs de erre erre, lorsqu’ils sont pas délégués syndicaux, ils sont dans les trains, et lorsqu’ils le deviennent, ils « regardent passer le train des réformes », c’est comme ça qu’on dit je crois.
Alors, au bout d’un moment, j’en ai eu un peu marre de lutter, surtout que j’avais vachement mal à la gorge à force de crier des slogans, alors, j’ai quitté la manif et j’ai pris une petite rue annexe pour trouver une brasserie pour boire une Vichy. Et là, oula, les embouteillages que j’ai vus ! Incroyable ! On m’avait dit qu’à Paris, y’avait des bouchons, mais alors là, je voulais pas le croire. Y’a une petite dame qui avait son bébé à l’arrière, elle avait l’air d’en avoir marre, super grave. Alors, ma bouteille d’eau de Vichy que j’avais acheté, ben, je suis allé la lui donner à travers sa vitre ouverte. Elle a eu l’air étonnée, mais elle a souri et a accepté de bon cœur.
Alors ça m’a fait plaisir parce que j’aime bien rendre service aux gens. Et je me suis rendu compte que c’était vachement facile de rendre service aux gens à Paris : ils sont tous tristes !
Moi je dis : Heureusement qu’il y a des gens comme Sylvain, Gérard et Robert qui luttent pour que les parisiens soient moins tristes.
13:46 Publié dans La différence est une richesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
je découvre ton blog, on croirait du petit Nicolas. Très drôle et parfaitement faussement naïf
Ecrit par : Paul-Emic | 23.05.2008
Enorme ! :-D
Ecrit par : Artemus | 24.05.2008
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