29.05.2008
Le cinquième élément
Alors, je suis désolé parce que ça fait deux jours que j'ai rien écrit et tout, mais il m'est arrivé une drôle d'histoire : j’ai été atteint d’une maladie foudroyante.
Figurez vous que dimanche soir, après être parti du café où on est allé préparer la fin du système UMPS avec les réacs de la réacosphère, je suis allé voir mon copain Sylvain qui distribue de la culture qui explique les méfaits du grand capital à la sortie des lycées, parce qu’il devait me présenter à ses amis de la « section de la ligue ». Alors, moi, je croyais qu’on allait faire un match de foot et tout vous voyez, alors, dans le métro, je me suis changé : j’ai enlevé mon jean marron trop classe et dessous, j’avais mis un short pour que ça aille plus vite, et pour que j’ai pas besoin de me retrouver en caleçon dans la rame. C’est que la dernière fois, ça avait fait du bruit, hein, même que je m’étais retrouvé en garde à vue et tout. Alors, pour éviter ça, j’avais mis le short directement sous le pantalon, et hop ! C’est quand même dingue, par parenthèse, qu’on ne puisse pas se changer dans le métro à Paris. A Briançon, quand on montait dans le bus du gentil monsieur à moustaches du TUB, on pouvait bien enlever son pantalon, il disait rien, et même que tout le monde rigolait bien avec moi quand je le faisais.
Bref, alors, d’abord, je suis arrivé en retard, parce que, comme je me changeais, ben, ma station de métro, elle est passée, et j’ai du aller jusqu’au terminus avant de revenir. En plus, figurez vous que les réunions de la section de la ligue, ben, elles sont pas là où c’est prévu en fait. Que je vous explique : comme les gens de la section de la ligue, ils sont « espionnés par les suppôts du grand capital » parce qu’ils sont très « dangereux pour le régime » vu que leurs idées sont subversives et majoritaires dans le pays, ils sont obligés de se donner rendez vous chacun à un endroit différent, et ensuite, ils reçoivent un texto sur leur téléphone portable où on leur dit de se rendre dans un endroit public, puis là, il faut qu’ils regardent la quatrième fenêtre du deuxième immeuble : si il y a un chiffon blanc accroché, ils doivent partir en courant parce que ça veut dire qu’il y a sûrement des agents de la milice planqués pas loin, et si il n’y a rien, il faut qu’ils aillent à la prochaine cabine téléphonique : si un bout se chatertonne schattertton scotch marron est accroché dessus, ben, ça veut dire que les gars de la milice, en fait, ils sont là et qu’il faut se carapater fissa ! Sinon, ils doivent appeler un numéro de téléphone portable à carte prépayée où une voix nasillarde (c’est rigolo, on dirait qu’on parle à Donald Duck) leur dit d’aller au 254, avenue de la victoire. Même que c’est un secret et tout.
En tout cas, moi, je trouve que les gens de la section de la ligue, ils prennent vachement de précautions pour pas que la milice les trouve. Mais j’avoue que je trouve ça un peu excessif cette histoire de milice qui aime pas les gens qui jouent au foot… En tout cas, j’ai compris pourquoi le PSG, ils sont nuls à chier : c’est parce qu’ils sont poursuivis par la milice.
Toujours est il que finalement, en passant à l’angle de l’avenue de la victoire, je croise un type un peu bizarre avec un grand imper, un feutre et une grosse moustache. Ca m’a fait drôle, parce que ça m’a rappelé mes jeunes années au lycée d’altitude à Briançon, quand le père Lucien il attendait tous les soirs habillé comme ça à la sortie. Au moment de sonner au 254, avenue de la victoire, voilà pas que le drôle de Monsieur me hèle en me faisant « psst, psst, wilo, wilo ». Je me suis demandé comment qu’il connaissait mon nom celui là : ça pouvait pas être le père Lucien : le père Lucien, il est en maison de repos depuis 10 ans ! Même que c’est dans un joli village de région parisienne au nom charmant : Fleury Mérogis que ça s’appelle. Bref, c’était pas le père Lucien, c’était Sylvain ! Alors, je lui ai demandé pourquoi il était habillé comme ça, et il m’a demandé de parler plus bas, et de l’appeler « romarin », que c’était comme ça qu’on l’appelait à la section de la ligue. Et que de toute façon, avec les gens de la ligue, moi, je serai « plouc » et que c’est comme ça qu’on m’appellerait, et qu’il fallait y aller vite, parce que la vieille avec son chien en face, elle lui rappelait un des chefs de la « milice gouvernementale aux ordres de Sarkofacho ». Alors, on est allé taper à la porte, et on a vu une paire d’yeux apparaître derrière un trou : la paire d’yeux, elle a dit « rouge », Sylvain, il a répondu « Jdanov », et la porte s’est ouverte.
Alors, on est monté au troisième étage du 254, avenue de la victoire, et c’était marrant, parce qu’il n’y avait pas de fenêtre, alors, du coup, on était complètement dans le noir. J’ai demandé pourquoi. Sylvain, il m’a répondu que c’était parce que les immeubles alentour avaient des yeux et que les murs avaient des oreilles. Pensez si j’ai eu peur d’un coup ! Heureusement qu’on était dans le noir, parce qu’un immeuble avec des yeux… BEURK !
Alors, on était douze, Sylvain (« romarin »), moi (« plouc ») et puis dix autres types avec des noms bizarres que c’était leurs pseudonymes. Y’en avait un qui s’appelait Octobre, il jouait avec une ronéo. C’est chouette, j’aime bien l’odeur de l’alcool, ça m’a rappelé quand j’étais à la communale et que l’institutrice nous donnait les récitations qu’on devait apprendre pour le lendemain. Là, c’était presque pareil, Octobre, il m’a dit qu’il mettait au propre les dernières moutures des mots d’ordre. J’étais super impressionné parce que sa ronéo, il la faisait marcher comme un chef. Il m’a tendu une des feuilles qui était même pas sèche. Dessus, y’avait écrit :
« Police partout, justice nulle part. Honte à l’état sarkozyste fasciste qui veut précariser les jeunes et les retraités en cassant les acquis sociaux enlevés des mains du grand patronat par des millénaires de lutte. Naboléon et sa clique de sbires à la solde du grand capital trouveront sur leur chemin notre détermination à renverser un régime sioniste ultra libéral rampant et anti travailleurs. Toutes nos forces seront toujours tournées vers l’accomplissement de l’idéal communiste et de la société sans classe. Halte au fascisme, halte à la précarité, halte aux super profits des méga entreprises, et vive la révolution.
Hasta siempre commandante ».
C’est bien écrit, hein ? Moi, j’ai trouvé ça extra, mais j’ai pas tout compris. Mais comme j’avais pas tout compris non plus avec mes amis réacs, je me suis dit que je devais faire comme si, que à Paris, les gens ils sont intelligents, et que ça fait pas longtemps que je suis arrivé, et que ça mettrait un peu de temps avant que je devienne intelligent.
Y'a un certain Max qui est venu me parler du mot d'ordre, il m'a dit qu'il trouvait dommage que dessus, il soit pas marqué qu'on veut une société sans propriété. Et que même que tout ce qui est à moi est à lui vous voyez. Alors, comme j'avais vachement envie d'une cigarette, j'en ai pris une pendant qu'il me parlait dans un paquet qui trainait sur une table. Même que Max, il continuait en m'expliquant que je ne devait rien avoir à moi parce que ça m'empêchait de vouloir atteindre pleinement l'objectif de la section de la ligue que c'est qu'on est tous égaux et que rien ne m'appartient, et que l'argent roi doit être tué.
Et là, y'a Boeuf, celui qui avait amené le paquet de cigarettes, en se rendant compte que j'en avais pris une, il s'est mis à hurler que ce plouc de merde, il aurait pu demander avant de se servir, et que ça coûte super cher les clopes et tout. J'étais un peu gêné qu'il s'énerve, masi j'y étais pour rien moi, c'est pas moi qui ai décidé que dans les sections de la ligue, ses cigarettes elles étaient à moi.
Alors, y’a Muguet, un autre type qui était là, il a mis tout le monde d'accord en disant que c’était l’heure de nous présenter le résultat de son travail, et que même c’était pour ça qu’il avait convoqué cette réunion de la section de la ligue. Alors, il nous a demandé de nous asseoir par terre, et il est passé dans la pièce d’à côté. Il est revenu avec un énorme cadre, que dessus, y’avait le portrait d’un monsieur qui avait l’air tout gentil et qui faisait un beau sourire. Tout le monde s’est extasié, et Sylvain, il a dit que c’était le plus beau portrait d’Olivier qu’on avait à présent. Il m’a expliqué qu’Olivier, c’était le chef de toutes les sections de la ligue, même qu’il adore jouer au foot, et que, lorsque la révolution aurait lieu, on devrait tous aller dans la rue pour brandir des portraits de lui, comme ça, ça voudra dire qu’on l’aime beaucoup, et que la révolution, ben, c’est le peuple entier qui la veut. Et que, du coup, chaque membre de chaque section de la ligue, il devait fabriquer un portrait d’Olivier en prévision du grand soir. Et que si je voulais faire partie de la section de la ligue, je devais m’engager à en fabriquer un et accessoirement à donner chaque mois 30% de mon salaire. Et qu’Olivier, on devait le protéger et le vénérer parce qu’il est notre guide suprême.
Alors, j’étais vachement embêté, parce que depuis que j’ai rencontré mes amis réacs, j’ai déjà un guide suprême, que même il s’appelle Augusto et tout.
Alors, j’ai dit à mes nouveaux amis de la section de la ligue que je pouvais pas vénérer Olivier, parce que je vénérais déjà Augusto.
C’est là que que ça m’est arrivé, ma maladie foudroyante : j’ai senti que ma tête me faisait mal, et que je tombais sûrement malade soudainement et que je m’endormais.
Vous me croirez pas : je me suis réveillé ce matin, j’étais en caleçon, avec les mains attachées, dans un caniveau d’une petite rue du 20ème. Après que les policiers m’ont libéré et interrogé, j’ai appelé Sylvain pour lui dire ce qu’il m’était arrivé : figurez vous que sur son répondeur, y’avait un nouveau message « je suis absent pour toujours : mon entreprise m’a muté au Yémen, et je ne reviendrai jamais ». Je suis allé à l’avenue de la victoire, ben figurez vous que l’immeuble au 254, il était en train de brûler et que les pompiers étaient encore là. Alors, j’ai été très triste, parce que mon ami Sylvain, je l’aimais bien et que ça me fait de la peine de le perdre.
Moi, je dis : rien ne dure toujours. Sauf ce qui traîne derrière le frigo.
09:44 Publié dans Du neuf | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
26.05.2008
Mystère et boule de réac
Ce week end, il m'est arrivé un truc sensas : voila que vendredi, je reçois un mail d'un certain Monsieur plus qui me dit qu’il passe régulièrement sur mon blog qu'il qualifie d'ailleurs de "super extra génial qu'on dirait que c'est écrit par un grand écrivain style Marc Lévy et même que je suis trop jaloux parce que moi je sais pas écrire aussi bien".
Alors, Monsieur plus, il a un blog aussi, et comme il trouve mon blog trop super cool, il m’a demandé si je voulais venir rencontrer plein d’autres personnes qui écrivent des blogs et qui sont à Paris. Et même que c’est les rédacteurs des « blogs réacs » et qu’ils aimaient bien qu’on les appelle la « réacosphère », parce qu’ils sont amateurs de boules, et que même on parlait d’eux boulevard de la Libération et tout. C’est pas trop top ? Moi qui pensait que c’était la Poste qui rapprochait les gens. En fait, ce qui rapproche les gens, c’est les blogs ! D’ailleurs, je me demande comment faisaient les gens avant pour se parler. Ca devait être dur de vivre sans Internet et les blogs. Mais bon, tout le monde sait bien que le Moyen Âge fut un temps très dur avec son cortège d’anti progrès et d’obscurantisme primaire. Vous imaginez, comment ils faisaient pour se faire des amis, et voir des filles au Moyen Âge ? Ils pouvaient même pas s’envoyer un texto genre « rdv se midi a la joute o gradin 8 ranG 4. Cava et tro dla bal poupé. Chui sur ke godfroi va xplozé sa race a enguéran ». Parce que même les textos, ça a été inventé APRES le Moyen Âge ! Comme quoi, ce qui fait la différence entre l’obscurantisme et le progrès, c’est les blogs et les textos.
Enfin, toujours est il que ce gentil Monsieur plus me donne rendez vous par mail dimanche soir dans un quartier populaire de la capitale. Alors, moi, pensez, deux invitations dans la même semaine, j’étais trop content. Faudra que je raconte ça aux copains de Briançon qui font toujours toutes leurs activités entre eux (manger, boire, se marier…) : à Paris, c’est super facile de se faire inviter par des inconnus. Monsieur plus, il m’a expliqué qu’on serait nombreux hein, et que les gens qui seraient là, comme c’était des réacs, ils seraient assez BCBG. Ca tombe bien, moi aussi, j’ai fait faire mes vaccins avant d’arriver à Paris.
Le problème, c’est que ma tenue d’invitation, elle est au sale parce que je l’avais mise jeudi, et que pendant la manif, y’a un type sympa mais un peu maladroit qui a renversé le ketchup de son sandwich merguez frites sur ma veste sport en VRAI daim. Alors j’ai du composer. Heureusement, mon jean marron trop classe, il était pas trop sale, et il sentait à peine. Alors, zou, voilà que je l’ai enfilé avec une super jolie chemise rose et un pull nonchelemment nonchalamand bien enroulé autour des épaules pour que les BCBG ils me reconnaissent. Pour les chaussures, j’ai laissé tomber les mocassins blancs, trop voyants, pour une paire plus discrète de converse jaunes, vu que j’allais dans un quartier populaire de la capitale, pour me fondre dans la masse. D’ailleurs Sylvain me répète toujours : « wilo, tu es complètement à la masse », preuve que ça marche.
Bon, alors, évidemment, Monsieur plus, je l’avais jamais vu, alors quand je suis arrivé dans le quartier populaire où on avait rendez vous, ben, j’ai struté crustré scutré regardé la place et j’ai repéré un petit groupe de types qui avaient l’air très BCBG sauf un. Alors, comme je suis super malin, j’ai sorti mon nouveau téléphone portable, et j’ai appelé le numéro que Monsieur plus il m’avait laissé. Et là, voilà pas que je vois un des BCBG du groupe sortir un téléphone de sa poche ! Alors, je suis allé les saluer tous et lorsque je suis arrivé devant Monsieur plus, je l’ai fixé intancémant heintansémens intansément très fort parce que je voulais me voir dedans ; et puis, je me suis rappelé que c’était pas Monsieur plus qui était si propre qu’on pouvait se voir dedans ! C’était l’autre, le chauve avec la boucle d’oreille à la Bertrand Cantat ! J’étais vachement déçu. Mais du coup, Monsieur plus, il a du croire qu’il avait quelque chose sur le nez ou quoi, parce qu’il a dit « oula, c’est vraiment un plouc quoi… ». C’est pas génial ! D’abord mes amis qui sont contre la culture du grand capital, et ensuite mes nouveaux amis réacs qui reconnaissent que je suis un plouc et pas un bouzeux ! Comme ils vont être jaloux à Briançon quand je vais leur dire ça. Et puis on est allé dans un bar super branché du quartier populaire de la capitale. On voyait bien que c’était un endroit réservé à une élite. Y’avait de vrais table en bois avec des fauteuils molettonés melotonnés bourrés pour pas se faire mal au poum, pas comme à l’Eden bar à Briançon où c’est tout en métal beurk. Alors moi, j’étais super fier de faire partie de l’élite.
Alors, que je vous explique ; donc d’abord y’avait Monsieur plus. Il est beau Monsieur plus, il a un collier de barbe noire assortie à ses cheveux, comme celle qu’il avait Monsieur Chossard, mon professeur d’histoire géo quand j’étais en BEP. Je crois que les profs d’histoire géo, c’est marqué dans leur contrat qu’ils doivent porter la barbe. Ou alors, c’est vendu en même temps que le diplôme, je sais pas. En tout cas, Monsieur Chossard, lui, il nous avait dit qu’il ne raserait pas la sienne tant qu’il n’aurait pas vu « l’avènement d’une société sans classe ». Alors, du coup, on avait tous séché ses cours pour lui faire plaisir, mais il avait quand même gardé sa barbe de prof d’histoire géo. J’espère qu’il a vu ce qu’il attendait depuis, ça doit finir par démanger à la longue. Même que Monsieur plus, il est venu avec sa femme et tout. Et même qu’il lui a fait des bisous et que je les ai vus ! Sa femme à Monsieur plus, elle s’appelle pas Madame plus, c’est bizarre. Elle s’appelle Poly, mais comme y’avait aussi un type qui s’appelait Poly, ben, j’ai décidé de les appeler polyfille et polygarçon pour pas me mélanger (j’aurais pu appeler la fille polymère, mais elle a pas encore de bébé, Monsieur plus il met pas la langue quand il l’embrasse ; et le garçon polygone, mais il ressemble pas à un chien tant que ça, pourtant, un jour, mon copain Sylvain il m’avait dit « les réacs, c’est tous des chiens »). Polygarçon, il avait l’air gentil et tout propre sur lui hein, mais quand je lui ai dit bonjour, il m’a répondu par un psaume en hébreu, alors, j’ai fais semblant de pas avoir compris parce qu’en fait j’avais rien compris.
Y’avait aussi Philémon, qui a commencé à parler de la liberté, et que même c’était sa chérie, et qu’elle était quand même pas mal gaulée cette Sabine Herold, et que c’était dommage que son mari soit si con, et que Léon Blum c’est le meilleur (c’est Blum qu’il a dit… ou Blois… arf, je suis bête, un type qui s’appelle Léon, il peut pas avoir un nom de ville ! c’est comme si il y avait Lucien Roquefort), et même qu’il aimait pas les « radsocs » parce que c’était des nuisibles qui faisaient des trucs pas nets avec des tapis et tout, même que cette connasse de journaliste de Libé, lui, vivant, jamais il ne parlerait, et même sous la torture ! Et puis, d’abord, que l’économie c’était libéral sauf quand ça marchait pas et que lorsque le Maréchal saurait ça, ben, il allait illico envahir Malte pour que tout le monde soit chrétien.
Comme j’ai pas tout compris, j’ai préféré me retourner vers penta, que c’est un autre garçon qui était là, qui avait une coiffure super géniale à la Joachim Noah que même je m’attendais à ce qu’il me propose un karaoke. Lui aussi il avait lu toute l’œuvre de Léon Blum, mais il préférait la plaque qui était toujours dans le même bar en train de se biturer. Et comme pendant ce temps là, Polygarçon chantait à tue tête et en latin des incantations kabbalistiques, j’ai compris que les réacs, ils sont trop intelligents pour moi, et qu’il valait peut être mieux que je retourne voir mon copain Sylvain, parce que lui, il m’a invité chez les gars de « la section de la ligue », sans doute pour faire un match de foot, et apparemment, je serai à peu près au niveau, même si ils lisent beaucoup des livres de Max.
Heureusement, y’avait Artemus. Lui, il m’a redonné le goût de m’intéresser aux réacs, même si je comprends pas tout ce qu’ils disent. Comme il a vu que je me sentais un peu mal à l’aise, il m’a envoyé une grosse tape dans le dos, et il m’a fait « alors, le plouc, on se sent paumé hein ! c’était plus simple à Briançon, chez les consanguins ». Alors, j’ai trouvé vachement fortiche qu’il sache que mes parents étaient cousins germains, et j’ai trouvé sa façon de s’exprimer très douce et pleine de poésie. Alors, j’ai compris que grâce à lui, je pourrai comprendre les réacs quand ils parlent.
Du coup, je suis resté, et j’ai participé à une discussion enflammée, où il était question de savoir lequel de Jacques Garello ou de Patrice de Plunkett était le plus gros et le plus vieux, et que même que si on résolvait cette question, nos idées seraient au pouvoir d’ici moins de mille ans et tout. Philémon, il soutenait que Garello, il faisait 8 mètres au garrot, et que c’était une sacrée performance. Et penta, il a dit que Plunkett, il avait une belle voix qui lui donnait des frissons et tout quand il l’écoutait sur radio courtoisie. Monsieur plus, il a commencé à s’énerver, parce que lui, il préfère le muret, je crois qu’il est maçon, ou qu’il est dans la construction, ça doit être pour ça. Et comme ils arrêtaient pas de s’engueuler, Polygarçon, il s’est mis à réciter le cantique des cantiques en grec ancien pour les faire arrêter. Mais rien n’y faisait. Alors Artemus, je croyais qu’il était endormi, mais il a ouvert un œil torve, et il a beuglé « tavernier, le même bordel ! j’vais quand même pas aller pisser l’premier avant d’engloutir l’second ! ».
Ca a un peu détendu l’atmosphère de la réacosphère. Et de toute façon, Polygarçon psalmodiait l’évangile selon Saint Luc qu’il connaît par cœur en araméen, et ça prouvait qu’il était temps de rentrer. Même que le débat n’étais pas clos et qu’on en reparlerait avant l’effondrement de la social démocratie et du système UMPS.
Comme c’était ma première sortie avec les réacs, j’ai décidé d’offrir ma tournée et payer les consommations. Alors, le tavernier, il me dit : « 27 pression, 15 rhum, 12 vodka orange, 18 whisky, 9 kirs et un coca light, ça vous fera 458€ monsieur ». Comme ça faisait quand même pas mal, je me suis retourné pour savoir si il y en avait pas un autre qui voulait partager. Ben, vous me croirez pas, ils étaient déjà tous partis ! C’est sûr, ils sont toujours super pressés, parce qu’ils ont plein de questions à régler et tout. Alors, j’ai laissé un accompte et le nom d’Artemus pour qu’il lui envoie le reste, ça lui fera plaisir, je suis sûr.
Et voilà ma soirée avec les réacs de la réacosphère. C’était vraiment bien. Demain, je dois aller voir mon copain Sylvain qui doit me présenter aux autres de la « section de la ligue », je leur parlerai de mes autres potes, peut être que ça leur ferait plaisir de se rencontrer tous. Après tout, les blogs, ça sert à ça, à rapprocher les gens pour qu’ils se sentent solidaires.
Moi je dis : j’ai hâte que mes amis de la section de la ligue ils rencontrent mes autres amis de la réacosphère.
15:42 Publié dans La différence est une richesse | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
23.05.2008
Motivé-e-s
Alors, c'est trop chouette, hier, je suis allé à la manif et tout !
Alors, en fait, mon copain Sylvain qui distribue des prospectus sur la culture du grand capital à la sortie des lycées, ben, il m’avait invité à la manif qu’il y a eu à Paris. Alors, moi, vous pensez, j’étais super excité, parce que j’avais jamais été invité à une manif, j’avais jamais été invité nulle part d’ailleurs.
Alors, j’ai voulu prendre le erre erre où on se perd tout le temps pour aller à la manif, mais le erre erre, il marchait pas, hé ! Parce que les conducteurs du erre erre, ils allaient à la manif AUSSI. Je suis bête, j’aurais du y penser. Ceci dit, ils auraient pu en profiter. C’est idiot de conduire un erre erre et d’aller à la manif à pieds. Du coup, j’ai failli arriver en retard, à cause que j’ai du aller de la place de Clichy à Nation à pieds. Oulala, c’est grand Paris, hein, heureusement que c’est plat, pas comme à Briançon, parce que sinon, j’aurais jamais été à l’heure à mon rendez vous à Nation avec mon copain Sylvain.
Alors, Sylvain, il m’avait donné un prospectus pour que je sache comment ça se passe une manif et tout. C’était super, y’avait tout expliqué. Je l’ai lu dans la rue pendant que je marchais pour aller à Nation. Alors, j’ai appris qu’en fait, dans une manif, y’a plein de petits groupes et que les gens de chaque groupe ils restent ensemble, enfin, groupés quoi (Oh, je viens de comprendre !), parce que chaque groupe à un « mot d’ordre » différent, et des révandicassion reuvindikations demandes différentes. Déjà, ce qui m’a fait plaisir, c’est que le groupe de mon copain Sylvain, ben, y’a que des méridionaux, même que c’est écrit sur leur prospectus qu’ils viennent tous du sud et tout. Alors, j’étais content parce que ça fait longtemps que j’ai pas croisé quelqu’un de par chez moi. Du coup, j’étais content d’avoir fait un effort sur la façon dont je m’étais habillé. Attendez, c’était ma première manif, alors, j’avais fait un effort pour être classe : j’avais mis une chemise blanche par dessus mon tricot de corps, et une veste sport avec des franges en VRAI daim, un jean marron (ça fait trop classe) et des mocassins blancs avec les boules que j’ai achetés chez Bata, une marque super classe, même que je les ai payées 39,90 € ! Vous imaginez. C’est pas pour faire le fier, hein, c’est juste pour dire que j’étais vraiment classe et tout. La première fois que j’aurai rendez vous avec une fille, je m’habillerai pareil.
Enfin, une fois que je suis arrivé, ils m’ont regardé un peu bizarre. Pourtant, à Paris, ils doivent avoir l’habitude de voir des gens habillés classe. Y’en a un, un gros, il a dit qu’il fallait pas tarder parce que le cortège aller partir. Alors, il nous a entraîné vers un coin de la rue, et il nous a distribué des papiers où il y avait marqué des « slogans », et il a dit qu’on devait crier ce qu’il y avait écrit à intervalles réguliers. Ensuite, il nous a tous mis des autocollants partout sur nos vêtements pour montrer aux autres qu’on venait du sud. Mais moi, j’ai pas voulu, j’ai eu trop peur que ça abîme ma belle veste avec ses franges en VRAI daim. Du coup, le gros, Gérard qu’il s’appelait, il était pas content. Heureusement, mon copain Sylvain lui a dit que c’était pas grave l’important, c’était de faire nombre, même en rameutant les ploucs. J’étais vachement flatté. Sylvain, il a dit que j’étais un plouc. D’habitude, les parisiens, ils me traitent de bouzeux, alors pensez : je suis en train de m’intégrer !
Alors, Gérard, il a montré les autres groupes, il a levé le poing au ciel, et il a crié « Prêts pour la lutte ? ». Là, j’ai eu super peur, j’ai cru qu’il fallait aller se battre. Sylvain m’a rassuré, c’était pas contre les autres groupes qu’on allait se battre, mais contre « Naboléon Sarkonazi et sa horde de flics aux ordres des patrons et de la presse réactionnaire ». Alors, j’ai eu encore plus peur, hein, parce que si il faut se battre contre les autres groupes, ben, j’aurais toujours pu m’en prendre aux poussettes (y’a beaucoup de mômes dans les manifs, c'est sympa, très familial), mais les flics, ben, ils sont super entraînés hein. A Briançon, les flics, c’était des gendarmes, et même qu’ils étaient sacrément balèzes : ils allaient chercher en hélico les allemands et les parisiens qui pensaient que c’était facile de monter à la montagne des agneaux en tongues. Ici, c'est encore pire : les policiers, ils ont des casques et des boucliers qu’on se croirait dans NCIS, enquêtes spéciales, dans l'épisode ou Gibbs il se rappelle en rêve la guerre du golf où il s'est fait 18 trous et tout. Mais Sylvain, il m’a encore rassuré : on allait pas se battre contre les policiers, on allait juste marcher et crier très fort les slogans qu’on nous avait écrits sur les papiers. Alors, j’ai compris que lutter, à Paris, çà veut dire marcher en criant très fort, et même que crier c’est en option. Et j'ai trouvé ça génial, parce que je me suis rendu compte que lorsque je partais en rando à Briançon, je luttais déjà sans le savoir ! Il va falloir que j’écrive à mes potes dans les Hautes Alpes pour les prévenir qu’ils luttent aussi.
Alors après, la manif elle est parti. Donc, on a tous sorti des drapeaux, des écharpes et tout, et on a suivi les autres groupes. Oulalalalalalala, le monde qu’il y avait ! Gérard, il a dit qu’on était 700 000 ! Vous imaginez ça un peu. En plus, il est fortiche Gérard, parce que la manif, elle venait à peine de commencer, et Gérard, il avait eu le temps de remonter jusqu’en haut pour compter tout le monde. Mais c’est normal, Gérard, j’ai appris qu’il travaillait aux impôts, alors, il a l’habitude de calculer hein. Alors, j’ai commencé à crier des slogans qu’ils m’avaient donné mes nouveaux copains du sud. Je me suis mis à crier « vive la retraite à 50 ans », « Sarko, salaud, le peuple aura ta peau », « fion, fion, tu l’as dans l’os », « sarko, t’es pas mon président ». C’était marrant. A un moment, j’ai voulu mixer les slogans, et je me suis mis à crier « Vive le président Sarko, le peuple l’a dans l’os ». Tout le monde s’est retourné vers moi tellement ils ont trouvé que mon slogan il était trop beau. Mais Sylvain, il est venu vers moi, et il m’a dit « surtout n’improvise pas ». Dommage, moi, je l’aimais bien mon slogan. N’empêche qu’effectivement, on voit que dans une manif, rien n’est improvisé.
Ensuite, j’ai discuté avec un type qui s’appelle Robert. Ca m’a fait drôle, Robert, il est conducteur de erre erre. Alors je lui ai dit que j’admirais beaucoup son travail. Mais quand je lui ai demandé pourquoi il était venu à pieds aujourd’hui, alors qu’il aurait pu profiter de son erre erre, il m’a pris de haut et tout. Il m’a dit que si il était là, c’est parce qu’il voulait pouvoir avoir le droit de partir à la retraite à 50 ans et tout. Parce que conducteur de erre erre, c’est vachement dur vous voyez, alors, comme c’est un métier où on se fatigue beaucoup, on a le droit de partir avant les autres. Ben oui, c’est très dur ! Vous imaginez, les types qui conduisent le erre erre, ils vont dans les couloirs TOUS LES JOURS ! Du coup, comme ils sont tout le temps paumés, ben, ils arrêtent pas de marcher, et après ils sont super fatigués. C’est pour ça qu’il faut qu’ils prennent la retraite avant. J’ai une cousine qui est aide soignante de nuit à l’hôpital de Gap, je lui expliquerai la prochaine fois que je l’appelle. Parce qu’elle aussi, elle me dit des fois qu’elle aimerait partir plus tôt à la retraite. Je lui dirai pourquoi c’est pas possible que c’est parce que son métier, il est moins dur que conducteur de erre erre.
De toute façon, il m’a dit Robert, lui, ça fait longtemps qu’il conduit plus. Il est délégué syndical depuis 8 ans. Alors les conducteurs de erre erre, lorsqu’ils sont pas délégués syndicaux, ils sont dans les trains, et lorsqu’ils le deviennent, ils « regardent passer le train des réformes », c’est comme ça qu’on dit je crois.
Alors, au bout d’un moment, j’en ai eu un peu marre de lutter, surtout que j’avais vachement mal à la gorge à force de crier des slogans, alors, j’ai quitté la manif et j’ai pris une petite rue annexe pour trouver une brasserie pour boire une Vichy. Et là, oula, les embouteillages que j’ai vus ! Incroyable ! On m’avait dit qu’à Paris, y’avait des bouchons, mais alors là, je voulais pas le croire. Y’a une petite dame qui avait son bébé à l’arrière, elle avait l’air d’en avoir marre, super grave. Alors, ma bouteille d’eau de Vichy que j’avais acheté, ben, je suis allé la lui donner à travers sa vitre ouverte. Elle a eu l’air étonnée, mais elle a souri et a accepté de bon cœur.
Alors ça m’a fait plaisir parce que j’aime bien rendre service aux gens. Et je me suis rendu compte que c’était vachement facile de rendre service aux gens à Paris : ils sont tous tristes !
Moi je dis : Heureusement qu’il y a des gens comme Sylvain, Gérard et Robert qui luttent pour que les parisiens soient moins tristes.
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22.05.2008
Voyages voyages
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un truc super fun qu’il y a à Paris.
Ce qu’il y a de super fun à Paris, c’est les trains qui permettent d’aller partout dans Paris, et dans toute la banlieue, même dans la banlieue rouge et tout.
Alors, y’a trois sortes de trains à Paris :
- Le « mais trop » : c’est un train qui roule partout dans Paris, et qui s’appelle comme ça parce qu’on n’est jamais assez nombreux, mais trop.
- Le « erre erre » : c’est un train qui va en banlieue, et qui s’appelle « erre erre », parce qu’on se perd toujours dans les couloirs pour aller sur le quai du train.
- Le train de banlieue : c’est un super erre erre mais on se paume pas dans les couloirs, en fait, c’est quand on arrive au terminus qu’on est paumé.
Alors, j’ai pris le mais trop. Et c’est vrai qu’on est toujours trop dedans. On peut même pas regarder par la vitre pour voir le paysage de Paris et tout. Une fois, j’ai essayé, mais y’avait un gros devant la baie. Alors, je lui ai demandé si il pouvait se pousser, parce que je voulais voir le paysage dehors, et prendre une photo avec mon nouveau téléphone portable. Il était pas content. Il a pas voulu se pousser. Ca m’a pas fait plaisir. D’autant que si il voulait être sur la photo, ben, il suffisait de demander, hein, c’était pas la peine de faire la tête.
Alors, ce qu’il y a de bien dans le mais trop, c’est qu’il y a toujours quelqu’un qui vient pour présenter de la culture et tout. Un coup, y’en avait un, il était trop fort. Il chantait « guantanamera » en roumain ! Faut le faire, hein ! En plus, la musique elle sortait d'une petite charette comme elle avait ma grand mère pour faire ses courses à Unico. Mais là, vous le croirez pas, ben, la charette, elle jouait de la musique. Y'a qu'à Paris qu'on voit ça. Il a du voir qu’il m’impressionnait, parce qu’à la fin, il est venu pour me serrer la main. Moi, j’étais super fier, vous pensez, alors comment que je la lui ai serrée sa main !!! Pensez, serrer la main d’un vrai artiste parisien et tout. Curieusement, il a pas eu l’air de trop bien le prendre. C’est comme ça les artistes, ça a le caractère un peu changeant. Un moment ils veulent te serrer la main, le moment d’après, ils te menacent de te « cassech la figourach ». Ca m’a fait drôle en tout cas. Même que je me suis pas lavé la main depuis pour garder le bien précieux de cet échange extraordinaire. Tiens, j’y pense, si un de mes lecteurs a une solution contre l’herpès galopant, qu’il me fasse signe, ça gratte un max ce truc.
Alors, après, j’ai changé de mais trop, et j’ai pris la ligne 12 (parce que les mais trop, ils ont des numéros, mais quel que soit le numéro, on y est toujours trop). Y’avait un type marrant assis sur un starpontain strarappontin siège qui arrêtait pas d’écrire, et écrire, et écrire. Je suis allé m’asseoir à côté de lui, il m’a expliqué qu’il préparait une thèse de sociologie sur la population parisienne, et qu’il passait ses journées dans le mais trop n°12 parce qu’il en était à sa douzième année d’étude. Ca m’a vachement impressionné. Pensez, moi, j’ai juste un BEP en graissage de téléski ; et même si je l’ai eu avec mention assez bien, ben, ça en impose un type qui fait douze ans d’études. Je lui ai demandé si ça coûtait pas trop cher de faire douze ans d’études, parce que les livres, c’est super cher, attends, la biographie de Luc Alphand que j’avais acheté chez Joupi, rue centrale à Briançon, ben, elle coûtait 14 €. Mais je comprends qu’il faille faire parfois des sacrifices pour devenir cultivé. Enfin, en tout cas, lui, il m’a dit qu’il avait toujours été « boursier ». J’ai compris qu’il devait écouter Jean Pierre Gaillard tous les jours et qu’il était super fort à la bourse, et que du coup, il gagnait plein d’argent grâce à la bourse et tout. Il m’a dit qu’en plus, que quand on joue à la bourse en allant à la fac, ben, ça permettait de faire plein de choses : aller au cinéma pour pas cher, prendre le mais trop sans payer, et même se faire faire une opération du genou après une chute en ski. Alors du coup, qu’il me dit en riant, « je vais le plus loin possible et je prends mon temps ». Il a bien raison. On doit toujours prendre son temps pour aller loin, parce que sinon, après, on risque d’avoir le mal des montagnes.
Et puis, il m’a parlé de l’avenir et de ce qu’il voulait faire dans la vie : surtout voyager qu’il m’a dit, et puis « aller à la rencontre des autres cultures ». Pour ça, je lui ai dit que je pouvais l’aider, parce que mon copain Sylvain, que j’ai rencontré à la sortie d’un lycée, ben, il distribue des prospectus sur la culture du grand capital. Mais il m’a dit qu’il connaissait déjà. Alors, j’ai été triste, parce que j’aurais bien aimé l’aider un peu. Après, il m’a dit que quand il rentrerait dans « ce pays de merde », y’a un copain qui pourrait l’aider pour avoir de l’argent, un yougoslave d’après ce que j’ai compris, un certain Rémi Assedic, et qu’en tout cas, il ne se faisait pas de souci pour ça.
Je l’ai quitté à la station d’après, parce que je devais repérer le erre erre qui passait pas là, pour venir depuis la banlieue rouge et tout. Donc le erre erre, c’est le deuxième train de Paris, alors que le train à Briançon, c’était le « taire », parce qu’y avait toujours un type avec un djembe dedans, et un gros qui lui criait de se taire.
Je vais devoir le prendre aujourd’hui, parce que mon copain Sylvain, il m’a invité à la manif qu’il y a à Paris ! J’espère que je serai pas en retard, et je vous en parle demain.
Moi, je dis : c’est super excitant d’aller à la manif en erre erre.
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21.05.2008
Allez les rouges et blancs
Vous allez pas me croire, mais hier, j'ai fait une super balade derrière le périph, au nord est de Paris !
Bon, évidemment, lorsque je dis "super balade", c'est pas comme quand on allait faire une "super balade" au col des Grangettes par l’Eychauda, mais c'est presque pareil, il suffit d'avoir un peu d'imagination : un trottoir à la place du sentier, des touristes à la place des touristes, des enfants qui tendent la main à la place d'une marmotte qui tend la patte, et y'a même des crottes de chamois par terre !
Alors c'est rigolo, c'est derrière le périph, donc les gens ils ont pas antenne 2 et tout. Alors, au lieu de regarder la télé chez eux, ben, ils vont la regarder au bistrot, parce que dans tous les bistros, y’a une télé qui permet de regarder antenne 2 quand on l’a pas chez soi. Dans tous les bistrots, le seul programme qui passe c’est les chiffres et les chiffres. Non ! pas les « chiffres et les lettres », sur la télé du bistrot que j’ai vu, moi, y’avait que des chiffres, et encore des chiffres après les chiffres. N’empêche, ça devait être super intéressant, parce qu’ils regardaient tous avec intérêt, et même que parfois, quand un chiffre apparaissait, y’en avait un ou deux qui levaient les bras au ciel comme quand les diables rouges ils marquent un but à la patinoire René Froger.
Mon nouveau copain que je me suis fait à la sortie du lycée à Paris, il m'a dit que c'était la banlieue rouge. Il a du se tromper, c’est tout gris. Ou alors, c’est celui qui a donné le nom des banlieues qui s’est trompé.
C’est peut être le même que celui qui donne le nom des rues et des bâtiments de l’Etat de droit. Parce que dans la banlieue rouge, y’a que des noms de gens que je connaissais pas qui ont des noms de places, d’avenues ou de sanisettes. Dans la banlieue rouge, y’a une place Lénine, un pont Nelson Mandela, un lycée Youri Gagarine (j’ai essayé de dire « Youri Gagarine » très vite et avec du coca dans la bouche, c’était trop rigolo), une avenue Jean Marie Tchibaou, une rue Beria… C’est marrant, à Briançon, y’avait que des noms de montagnes, ou de villes, ou des gens du coin qui avaient vécu il y a des siècles et des siècles, pendant la guerre contre les lazzis. Mon copain il m’a dit que c’était important de donner à des avenues le nom de gens qui sont des amis du peuple. Je lui ai répondu que j’aurais préféré des gens qui soient amis de mon peuple. Ca me paraissait tout bête, hein. Ben figurez vous qu’il l’a super mal pris, et qu’il s’est mis à me dire que je devais quitter la banlieue rouge, parce que dans la banlieue rouge, on sait ce que ça veut dire que la tolérance, et que les gens de la banlieue rouge, ils savent bien à qui ils doivent d’être heureux dans la vie, et libérés des chaînes de la servitude capitaliste, et que dans la banlieue rouge, y’avait que des gens accueillants et plein d’entrain lorsqu’ils rencontrent quelqu’un de différent. Effectivement, il me semblait bien que j’avais croisé une proportion de trisomiques plus importante qu’à Briançon.
Alors du coup, je suis allé à la mairie d’une banlieue rouge pour me renseigner. La petite nana a l’accueil, elle a pas compris de quoi je lui causais. C’est peut être mon accent de la montagne qu’elle comprenait pas. C’est toujours comme ça avec les gens de la plaine. Alors, du coup, elle a appelé l’adjoint au maire qui tenait sa « permanence » en haut. Au début, j’ai cru qu’il faisait aussi coiffeur. Je me suis fait moqué, il faut que je fasse attention à ce que je dis. Et ben, figurez vous que l’adjoint au maire, ben, il m’a reçu comme si j’étais pas un Briançonnais qui venait d’arriver à Paris et tout. Super sympa, pour un peu, je me serais pris pour un ministre. Il était beau en plus, avec une grande barbe noire assortie à ses cheveux. Il m’a tout expliqué pour le nom des rues et tout. Et en fait, mon copain avait raison, tous les gens des rues, c’est des amis du peuple en fait. Par contre, il m’a embrouillé avec le Gagarine là, qu’il allait dans l’espace et tout, il a sans doute voulu faire une méttafore maitafor mets ta phore image, je sais pas comment un type aurait bien pu faire pour aller dans l’espace tout seul.
Bon, ensuite, il m’a demandé dans quel quartier de la ville j’habitais pour pouvoir m’envoyer de la documentation citoyenne et tout. Je lui ai répondu que j’habitais pas dans sa ville parce que je connaissais pas la banlieue rouge avant d’arriver. C’est dommage, à ce moment là, il s’est souvenu qu’il avait un rendez vous urgent. N’empêche, je trouve que mon copain de la culture avait raison : on est super bien accueilli en banlieue rouge.
Moi je dis : le rouge est ouvert.
12:12 Publié dans La différence est une richesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.05.2008
Money and fame
Ce qu'il y a de bien à Paris, c'est qu'on rencontre plein de stars.
C'est vrai, hein, à chaque coin de rue, on peut croiser quelqu'un de super célèbre. Alors qu'à Briançon, à chaque entrée de bistrot, on croise Luc Alphand.
Depuis que j'ai débarqué, j'ai déja vu Francis Perrin à la sortie d'un théâtre, Maureen Dor dans Saint Germain, Joël Cantona à la gare de Lyon, et Laurent Romejko près du parc Monceau. La classe non ? Ce qu'il y a de bien, c'est qu'à Paris, on croise les stars parisiennes qui sont vraiment de Paris. Parce que lorsque j'ai passé mes vacances à Münich, ben, j'ai même pas réussi à croiser Horst Tappert. Et puis, c'est super, parce que les stars, ben, contrairement à ce qu'on dit à la télé, elles sont pas inaccessibles. Fallait voir le nombre de gens qui voulaient faire une photo de Francis Perrin ou de Joël Cantona avec leur téléphone portable. C'est con, moi, j'ai pas de portable. Ca passait pas à Briançon. Va falloir que j'investisse. Et surtout celui avec l'appareil photo et tout.
C'est beau quand même la modernité. Quand je pense à ma grand mère qui nous expliquait tout le temps qu'elle était sûre qu'avec la modernité, l'homme aurait tout ce qu'il voulait. Si elle était encore en vie, elle serait contente : aujourd'hui, on peut faire des photos avec son téléphone. Je regrette qu'elle ne soit plus là pour le voir. Toujours est il que c'est super chouette de pouvoir parler avec des gens super célèbres. D'autant que c'est comme si ils faisaient partie de notre famille, hein, ils nous racontent des jolies choses tous les jours, où nous prédisent le temps du lendemain tous les soirs. Alors, leur dire qu’on les admire, et les voir sourire modestement, comme ça, face à face, ça fait super drôle. En tout cas, ils ne sont pas inaccessibles du tout. Lorsque les journalistes parlent des stars inaccessibles, ils doivent parler des stars américaines qui se la pètent et se gavent de thunes en faisant de la daube anti-intellectuelle; c'est un type croisé à la sortie d'un lycée qui m'a dit ça. Il était sympa d'ailleurs, avec ses tongues et ses cheveux longs. Il avait de la documentation sous le bras. Il m’a dit qu’il était là pour « éveiller les consciences de la jeunesse aux problématiques globalisées de la culture mondiale dominante ». J’ai trouvé ça vraiment impressionnant. J’ai pas tout compris, mais je pense que ça doit être une sorte d’attaché culturel qui fait la promotion des théâtres, des livres, des musées et tout ce qui peut se passer à Paris et seulement à Paris. Il m'a laissé quelques catalogues, et c’est exactement ce que je pensais : ça parle de la culture du "grand capital". L'est con, hein, il sait même pas qu'on dit que Paris, c'est unE grandE capitalE. Mais bon, je viens de la montagne, je connais pas encore la haute culture, alors je fais pas de remarque pour pas passer pour un imbécile. N’empêche, je trouve ça bien qu’il y ait des gens qui distribue de la culture aux jeunes à la sortie des lycées.
A Briançon, à la sortie du lycée d’altitude, y’a juste une vingtaine de Golf GTI et de MG ZR avec des perchmen ou des moniteurs de ski qui attendent la femme de leur vie.
Enfin, je m’égare un peu mais tout ça pour dire que c’est chouette de vivre au même endroit que plein de stars.
Moi je dis : j’aimerais trop avoir une photo avec Laurent Romejko.
16:09 Publié dans Plein les mirettes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Darwin est un con
Imaginez ma surprise un peu : voila que je me balade en banlieue parisienne pour visiter des lieux chargés d'histoire (Le stade de France par exemple) et que je constate que tous les grands immeubles aux alentours captent pas antenne 2 sur la télé ! La vache, et on est à 10 kilomètres de Paris, hein !
Que je vous explique : à Briançon, on est un peu loin de tout, hein, c'est le cul de vallée et certains villages sont assez isolés. Alors, pour pouvoir capter antenne 2 à la télé, ben, les gens ils accrochent des paraboles au mur du chalet pour aller chercher le satellite. Même que c'est une histoire d'ondes de l'espace qu'un copain qui est allé en fac à Grenoble m'a expliqué mais que j'ai rien retenu. Je me souviens, chez le père Fernand, dans les fonts de Cervières, y'avait la parabole installée au mur, et chez le directeur de la société générale qui habitait au fond de la vallée de la Clarée aussi. Mais quand même, dans Briançon et même à Saint Chaffrey, on recevait bien antenne 2.
C’est pas la peine d’habiter la capitale de la France pour pas capter antenne 2… Et comment qu'ils font pour voir le journal de 20h de Monsieur Mamère le soir ici ?
C'est peut être le périphérique qui brouille les ondes de l'espace, je sais pas. Il paraît que c'est le périphérique qui change tout.
En tout cas, je suis entré dans un bistrot, et je m'en suis ouvert à deux types qui buvaient un petit canon. Sont pas aimables les gens ici : le premier a rigolé en me demandant si je n'étais pas un fieffé abruti par hasard, et le second m'a carrément insulté en disant que j'étais le pire connard qu'il avait jamais vu. C’est vrai finalement que derrière le périph, les gens sont des mufles, de vrais animaux.
Moi, je dis : ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est le périphérique.
08:36 Publié dans La différence est une richesse | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
19.05.2008
Bizarre
12:09 Publié dans Plein les mirettes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Installation
Bon, alors, vous allez pas me croire, mais j'ai trouvé un appartement génial.
Quand je pense à tout ce qu'on dit sur Paris et la difficulté de trouver un logement et que ça coûte super cher et tout. Comme dit ma copine Jessica : je pouffe ! En deux semaines, j'avais tout organisé, et le gentil monsieur de l'agence, il avait bien tout fait comme je lui avais dit après lui avoir fait un chèque sans rien marquer dessus ("parce qu'on sait jamais à l'avance comment ça va se passer" qu'il ma dit, preuve que c'est un vrai professionnel). Résultat : j'ai un appart immense de 22 m2 pour 980 € par mois (plus 55 € de charges, mais c'est important de faire le tri sélectif des déchets pour la planète).
Evidemment, c’est en banlieue, mais tout le monde sait qu’on peut pas habiter Paris, parce qu’il n’y a plus de place et parce qu’il faut en garder pour organiser des fêtes la nuit et tout. Et puis, si on construisait de nouveaux immeubles, ben, je suis sûr qu’il y en aurait pas réservés aux Hauts Alpins en plus. Alors…
Bon, ma banlieue, elle est tout près du centre de Paris, à 55 minutes en train. Ca peut paraître long, mais on sait bien qu’en banlieue à Paris, c’est un peu long de faire les trajets. Et merci, pour ceux qui sont restés au pays, hein, de me faire remarquer que c’est comme faire Briançon – Gap en voiture, je le savais, j’ai habité là bas, non mais. Même que Tony avec sa MG tunée, ben, lui, il faisait le même trajet en 32 minutes. J’ai pas de nouvelle de Tony depuis que je suis arrivé au fait… Il devait descendre à Marseille le jour où je suis parti. Bizarre.
Alors, ma banlieue, elle est dans un autre département que Paris, mais c’est à Paris quand même ; comme quand on voyait arriver les voitures en 92 ou 95 sur la route du Lautaret l’été et qu’on les doublait dans le tunnel du grand clôt en criant « Parisiens, têtes de chien ». La vache, qu’est ce qu’on se marrait. D’ailleurs, ici, personne ne me traite de bouzeux comme ils faisaient les parisiens chez nous. Pourtant, j’ai pas encore fait changé ma plaque 05. Ils doivent me prendre pour un touriste. Je trouve que les parisiens savent faire preuve de beaucoup de respect pour les touristes.
J’habite à Maintenon, c’est en Eure et Loir, le département 28 de la France et tout. Même que c’est en région parisienne, c’est écrit sur le livret d’accueil de la mairie qu’on m’a donné lorsque j’ai participé à la « journée d’intégration citoyenne communale ». C’était chouette. Y’avait plein de gens qui venaient d’arriver. A ce qu’il paraît, le village grandit à vue d’œil, rapport aux gens qui veulent travailler à Paris et qui veulent habiter pas loin.
Y’avait un type à cette réunion, il m’a pris de vachement haut et il m'a dit que j'habitais dans la région Centre. Ben, je lui ai répondu , « je le savais déjà espèce de pachiderm passidrem archyderme gros lourd : dans les Hautes Alpes, on habite loin de la capitale, mais on sait bien que Paris, c'est le centre de la France, ils l'ont dit à la télé ». D’ailleurs, on a la télé dans les Hautes Alpes. Ils en reviennent toujours pas ici.
Moi je dis : c'est pas la peine d'avoir la télé pour pas savoir que Paris c'est le centre de la France.
10:43 Publié dans Du neuf | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
C'est parti
Et voila, j'ai quitté les Hautes Alpes, parce que j'avais à faire à Paris.
Alors, un beau matin où il neigeait 80 cm, j'ai pris mon courage à deux mains, et mes bagages de l'autre et j'ai chargé la wolsvagen folkvaguen wolcvagehen voiture avec toutes mes affaires que j'avais dans mon grand appart de Briançon, j'ai pris le col du Montgenèvre et le tunnel du Fréjus parce que le Lautaret, ben, il était fermé, et puis je suis passé par Chambéry, Lyon, Châlon sur Saône, Beaune, Auxerre et tout, et je suis arrivé à Paris.
C'est ma nouvelle vie que j'ai, et même que je trouve ça super chouette de pouvoir faire un journal sur Internet pour que je vous raconte toutes les belles choses que je vois maintenant que je suis dans la capitale de la France.
Moi je dis : heureusement qu'il y a Internet, sinon, on pourrait pas expliquer au gens tout ce qu'on fait.
09:18 Publié dans Nostalgie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
