« Pénétrante | Page d'accueil | Tunnel »
30.06.2008
Escartons
Alors, ce week end, c'était super, parce que j'ai fait un truc vraiment chouette : je suis été à la grande marche pour dire qu'on est fier d'être heureux, content, bien(s) et transfrontalier. Même que ça dure un sacré moment : c’est une marche qui est super longue.
Ca tombe bien, parce que moi, précisément, je suis vachement transfrontalier !
Alors, d’abord, je me suis renseigné sur comment que je devais m’habiller pour aller à la longue marche. La dernière fois, à la manif contre le grand capital, ils avaient pas été gentils avec ma façon de l’habiller alors que j’étais trop classe avec mes converse jaunes et mon jean marron. Alors, sur le prospectus pour la longue marche qu’on m’avait donné, y’avait marqué qu’il fallait venir habillé comme on voulait, parce que le regard des autres ne nous gène pas. Je veux hein ! Non, le regard des autres ne me gène pas. Enfin, c’est surtout parce que c’est pas écrit sur mon visage que je suis de Briançon… Parce que même si je suis fier d’être transfrontalier, si ça se voyait trop, je suis sûr que j’aurais un peu honte quand même. Toujours est il que j’ai opté pour un pantalon beige en lin (parce qu’il fait chaud à Paris l’été hein, ouille ouille, au moins 23 degrés et tout), un tee shirt jaune avec le col en V pour avoir un peu d’air sur le cou, et des sandales pour pas trop suer des pieds comme quand on va randonner et que le soir ça schlingue dans tout le refuge.
Toujours est il qu’à 14h tapantes, je me suis retrouvé dans une foule joyeuse, bigarrée et bon enfant. Le cortège, festif et chatoyant, a démarré à l’heure dite et s’est dirigé vers la place de la bastille dans une ambiance chaleureuse sous les applaudissements de la foule venue nombreuse se masser aux abords de la manifestation. Musique et chants ont rythmé l’avancée des hérauts de la liberté d’expression et de la tolérance qui ne demandent rien de plus que des droits égaux aux autres citoyens. Le mot d’ordre de cette année concernait l’école et la reconnaissance des différences dans cette institution poussiéreuse et souvent rétrograde qui a du mal à avancer à l’unisson de la marche du progrès.
Bon, maintenant, promis, je vais arrêter de recopier « Le Monde » sans mettre de guillemets sinon, ils vont me faire un procès et tout. Il vaut mieux que je vous dise comment que c’était avec mes mots, même si j’écris pas très bien. De toute façon, il y aura toujours pire que moi en la matière.
Alors, à 14h, je suis arrivé sur la place de l’enfer et des roches qui font des rots. C’était sympa. Y’avait plein de drapeaux avec de jolies couleurs : c’était sûrement des transfrontaliers qui affichaient leurs couleurs. Ce qui est marrant, c’est que j’ai pas reconnu le pays. J’ai pensé que ça devait être l’Allemagne ou l’Espagne parce qu’il y avait la finale de l’Eurovision le lendemain soir et tout. Mais, dans mes souvenirs du petit Larousse où il y avait les drapeaux du monde entier, je me souvenais plus d’un drapeau avec plein de couleur bariolées. Alors, je suis allé voir un type qui avait l’air super gentil. Il était grand avec une belle moustache. Sous sa casquette en cuir noir, on sentait bien qu’il y avait, en plus d’un cuir chevelu soumis à une alopécie galopante, la crème des chics types : d’ailleurs, dès que je suis allé lui parler, il m’a même pas laissé le temps d’en placer une et il m’a dit plein de gentillesses sur mon pantalon beige en lin et mon polo avec le col en V. Attends, c’est que c’est de la qualité hein, le monsieur qui me les a vendu chez C&A, il m’a dit qu’avec ça, je serai très beau le jour de la longue marche. Ben, comme quoi, il avait raison ! Ca m’a fait plaisir, parce que à la longue marche, ben, les gens ils savent reconnaître ceux qui ont la classe. Alors que pendant les manifs contre le grand capital, tout le monde disait que j’étais un plouc. A mon avis, ceux qui sont contre le grand capital, c’est rien que des jaloux. En tout cas, Boris (c’est comme ça qu’il s’appelait le gentil monsieur à la casquette), après m’avoir fait plein de compliments sur ma façon de m’habiller, il m’a dit qu’on pouvait se passer de marcher pour aujourd’hui, et que si je voulais, on pouvais aller directement chez lui parce qu’il habite près d’un marais et tout. « Je te montrerai mon teckel » qu’il me fait « il a pas de patte, mais si tu voyais ses roues arrière ! » [Merci Pierre]. Alors, moi, j’étais pas intéressé, parce que j’ai un peu la phobie des chiens depuis que je me suis fait mordre par le caniche de la mère de Luc Alphand à St Chaffrey. Et puis, les marais, je trouve pas ça très sain, c’est plein de bêtes dégueulasses et tout : même que dans les hautes Alpes, ’ils ont asséché celui de la plaine de Tallard parce que ça faisait venir des insectes vraiment dégoûtants. Je me demande comment on peut faire pour habiter dans un marais… BEURK.
Toujours est il que j’ai poliment décliné la gentille invitation de Boris, mais je lui ai quand même demandé pourquoi ils avaient tous un drapeau de l’Espagne, et si c’était pour la finale de l’Eurovision et tout. Alors, Boris, il m’a dit que c’était pas le drapeau de l’Espagne. Alors, j’ai été vachement dubitatif, parce que si c’était pas l’Espagne, ça ne pouvait être que l’Allemagne. Mais je me souvenais que le drapeau de l’Allemagne, il était pas comme ça. On l’avait vu en 3ème au lycée d’altitude de Briançon pendant les cours d’histoire de Madame Blancret : le drapeau de l’Allemagne, il était tout rouge avec un joli dessin au milieu, et pas de toutes les couleurs. Alors, comme je voulais pas que les supporters de l’Allemagne à l’Eurovision, ben, ils aient l’air très bête, j’ai demandé à des gens qui était sur un joli char de me prêter un peu leur matériel de coloriage pour que je fasse un joli drapeau de l’Allemagne. Alors, je me suis vraiment appliqué, et j’ai confectionné, sur un papier canson, un joli drapeau de l’Allemagne, rouge avec le rond blanc et tout, et même avec le joli dessin qu’il y a dessus. C’est vrai que mon drapeau, par rapport aux autres tout colorés, il faisait un peu pitié, il était même carrément naze, parce que je l’avais colorié avec des feutres sur un papier canson. Mais après tout, les gens dans la longue marche, ils disaient qu’on était là parce qu’on devait être fier de tout ce que l’on est, et qu’il n’y avait pas de normalité de toute façon. Alors, j’ai pris le parti d’en rire, j’ai pris mon beau drapeau de l’Allemagne que j’avais fabriqué, et je l’ai brandi en criant : « je suis naze et j’en suis fier ».
C’est drôle quand même les gens hein, d’un côté, ils vous disent qu’il faut être fier de ce qu’on est, et quand vous êtes tout fier d’avoir fabriqué un joli drapeau juste avec des feutres et un papier canson, ils se jettent sur vous et vous balancent des coups de pied au visage. Même qu’après ça, mon beau tee shirt avec son col en V, il était tout déformé. J’étais vraiment triste. Je sais bien que mon drapeau il était pas bien joli. Mais quand même, c’était pas la peine de le prendre comme ça… Après tout, moi aussi, je suis transfrontalier. Et tous les transfrontaliers sont frères d’abord, c’était écrit sur une pancarte dessus un joli char que en plus, il y avait un obélisque.
En tout cas, j’ai marché un peu plus vite que les autres pour arriver au milieu du cortège parce que les gens à cet endroit, ils avaient pas vu mon drapeau et ils allaient pas se moquer de moi. Là, y’a une gentille demoiselle qui m’a demandé si j’étais venu seul. Alors, elle était trop belle et trop classe la nana : cheveux courts auburn, pantalon ample style sarouel, débardeur fushia, piercieng dans l’arcade (j’adore, c’est trop beau) et un joli tatouage qu’on devinait entre les omoplates et qui devait descendre jusqu’aux reins. Alors, moi, une jolie nana qui me demande si je suis venu seul ! Pensez si j’étais heureux ! Elle et moi dans la capitale de l’amour, oulalalalalalalalalalalalala, depuis le temps que j’attendais ça ! Je lui ai dit que oui, j’étais seul, parce que j’avais perdu tous mes amis à Paris, même Artemus. Elle m’a dit qu’elle s’était faite plaquée la veille par « sa régulière » et que du coup, ça lui faisait un peu mal d’être là, mais qu’elle trouvait ça important de faire nombre pour montrer que le concept de normalité est relatif. J’ai acquiescé, même si j’avais rien compris. Parce que je voulais pas passer pour un idiot. Pensez, c’est la première fois que je me faisais draguer à Paris. C’est même la première fois que je me faisais draguer tout court ! Elle a ri, en disant qu’elle devait passer à autre chose, et que moi aussi, je devais oublier cet Artemus et que penser à lui ça me faisait du mal. Tu parles, m’en fous moi d’Artemus, la seule chose à laquelle je pensais, là, c’était que j’étais en train de me faire draguer par une jolie poulette que même à Gap y’en a pas des comme ça !
Elle était vachement directe la nana dis donc. A peine j’avais dit que je m’en battait l’œil d’Artemus, elle m’a demandé si c’était pas trop dur de tenir sans sexe, parce qu’elle, ça faisait que 24 heures, mais elle avait dejà le poum en feu ! Dites donc, sont sacrément délurées à Paris les nanas hein. C’est pas comme à Briançon où les parents vous obligent à vous marier si vous avez un enfant à 16 ans.
Alors, la jolie nana, j’ai hésité avant de lui répondre, parce que je savais pas comment elle le prendrait si je lui avouais que j’avais pas d’expérience et que je venais des Hautes Alpes. Mais je me suis dit que la vérité devait toujours l’emporter. Alors, je lui ai expliqué que j’avais 30 ans et que j’étais puceau.
Sa réponse ne se fit pas attendre :
« Ah, mais t’es pas normal toi ! »
Moi je dis : la normalité est une notion pas si relative que ça.
13:00 Publié dans La différence est une richesse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
M'a fallu 3 paragraphes pour comprendre ou vous vouliez en venir et apres je me suis bidonne tout seul comme un gland devant l'oeil atterre la jap qui bosse dans le meme bureau que moi... Moi je dis pas cool de faire rigoler les autres reacs sur leur lieu de travail...
Ecrit par : Woland | 30.06.2008
Si vous aviez pensé à prendre votre veste avec les franges en VRAI daim, elle aurait craqué. Vous le saurez la prochaine fois.
Ecrit par : camille | 30.06.2008
Uhuh !
Très bon !
Grand fou va !
Ecrit par : Artemus en retraite | 01.07.2008
Ecrire un commentaire